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« M. Frédéric Moreau, nouvellement reçu bachelier, s'en retournait à Nogent−sur−Seine,

où il devait languir pendant deux mois, avant d'aller faire son droit. »

G. Flaubert, L'éducation  sentimentale,  1869                                              

 

                   « Faire son droit », telle fut jadis la formule consacrée pour désigner les études juridiques et dont la littérature aura su conserver la Mémoire. Bien des grands noms, avant de se faire Hommes de lettres, furent tentés de devenir juristes ; souvent laborieusement. C'est le cas du jeune Gustave Flaubert qui, une fois reçu bachelier, s’abandonna à cette entreprise fastidieuse ; de son propre aveu sans trop de convictions, croyant vraisemblablement que la tâche serait plus aisée : « En tout cas je ferai mon droit, je me ferai recevoir avocat, même docteur, pour fainéantiser un an de plus » écrit-il alors plein de certitudes et d'espoir à son vieil ami Ernest Chevalier. Pourtant, il semble que la réalité fut, à bien des égards, quelque peu différente puisque ces années universitaires demeureront pour cette âme sensible un souvenir désagréable (presque douloureux) d’où naîtra une aversion profonde pour cette discipline au sein de laquelle il ne verra désormais plus que bêtise et hypocrisie. Heureusement pour la France, certaines contrariétés favorisent l’émergence de talents qu’une réussite trop précoce aurait arrachés aux mystères de la destiné.

                    Aujourd’hui encore, les études juridiques séduisent et, chaque année, le nombre d’étudiants venant rejoindre les bancs des Facultés de droit bat les records de l’année précédente. Il faut dire que le droit fascine, à la fois par ses promesses d’un monde plus juste ainsi que par l’image idéalisée qu’il donne à voir. Pourtant, loin des tirades interminables et des monologues émouvants, des robes de cérémonie et des prestations de serment, il ne saurait être assimilé à un monde de spectacle. Bien au contraire, c’est un univers de travail et de réflexion où flirtent en permanence la rigueur et la maturité de l’esprit. Car le droit n’est pas fait uniquement pour punir : il prévient d’abord et il répare ensuite. Il n’a pas pour mission de chercher la vérité, ni même d’ailleurs de faire l’Histoire à la place des Hommes : il se limite simplement à rappeler à chacun l’étendue et le contour de ses obligations. Loin de tout régir, il doit bien souvent s’effacer devant cette chose au monde que Descartes considère comme la mieux partagée : le bon sens. De par sa nature complexe, il exige un long apprentissage et une pratique à la fois prudente et audacieuse. Bien plus qu’une vulgaire technique dans laquelle certains tentent de l’emprisonner, il commande la maîtrise de concepts nombreux dont certains remontent aux origines de l’humanité. La plupart d’entre eux ne sont d’ailleurs pas exclusivement juridiques ; certains nous viennent de la philosophie, de la sociologie, de la politique voire même de l’économie. En fin de compte, le droit ne peut donc se permettre d’être une discipline centrée sur elle-même, aveugle aux attentes et aux souffrances d’une société qu’il prétend pourtant servir, et d’oublier que « les lois sont faites pour les Hommes et non les Hommes pour les lois ». Le droit n’est pas figé mais bien vivant. Il tend les bras à toutes les disciplines puisqu’il n’aurait aucun sens s’il se trouvait déconnecté des contingences du réel.

« Au lieu de tant faire du droit, faites un peu de philosophie, lisez Rabelais, Montaigne, Horace ou quelque autre gaillard qui ait vu la vie sous un jour plus tranquille, et apprenez une bonne fois pour toutes qu’il ne faut pas demander des oranges aux pommiers, du soleil à la France, de l’amour à la femme, du bonheur à la vie. »

                                                                                                                                                                              G. Flaubert, Correspondance à Ernest Chevalier, 15 Mars 1842, Rouen

 «  J’étais   sur   la   pente   d’être    avocat.  Cette  rature  me  sauve.  Je  renonce  aux   triomphes  du  barreau.  Je  ne  défendrai  point  la   veuve  et  je  n’attaquerai  point  l’orphelin.  Plus  de   toge,  plus  de  stage.  Voilà  ma  radiation  obtenue.   C’est à vous que je la dois, monsieur Pontmercy.  J’entends vous faire solennellement une visite de remercîments. »

                                                                                                                                                 V. Hugo, Les misérables (Tome 3), Poket, 2004, p. 95

                C’est dans l’optique d’aider à la compréhension du droit (cet art qui lie tous les savoirs) que cette plateforme numérique indépendante a été créée. Loin d’asséner une vérité éternelle, ce lieu de réflexion préfère proposer de réfléchir ensemble  aux réalités juridiques d’aujourd’hui et de demain.

                                                                                                                                                                                                Julien Lacabanne